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Charte de Charles II
Avignon en 1303 n'appartenait ni au pape, même si celui-ci possédait le Comtat Venaissin, ni au roi de France, même s'il suffisait de traverser le Rhône pour arriver dans le royaume, mais à Charles II d'Anjou, comte de Provence, roi de Sicile et de Jérusalem .C'est à lui que la ville d'Avignon demanda organisation et protection pour ses écoles de droit, florissantes depuis le milieu du XIIIe siècle.
L'enseignement du droit à Avignon relève d'une longue tradition. Ce sont les chanoines de Saint-Ruf, qui, formés à Montpellier par des maîtres italiens, introduisirent dans les années 1120 à Avignon le droit romain remis en valeur à Bologne et furent au centre d'un vaste mouvement d'échanges intellectuels. Les chanoines quittèrent Avignon en 1158, mais par leur intermédiaire des juristes s'étaient formés à Avignon, et les légistes, souvent issus des familles nobles de la ville, y avaient un statut social équivalent à celui des chevaliers. Au début du XIIIe siècle, les étudiants provençaux se forment plutôt en Lombardie, puis, vers 1250, les écoles de droit se multiplient en Provence.
À Avignon, l'enseignement du droit canon et du droit civil est attesté dès avant 1258 ; il est d'abord assuré par des professeurs itinérants, puis il se développe avec l'appui du conseil de la ville. C'est à la demande de celui-ci que le comte de Provence, Charles II d'Anjou, accorde à la communauté du studium libertés, privilèges, exemptions de taxes. La réputation de l'école d'Avignon alla croissante, puisque dès 1301 le chapitre de Cluny autorisa les membres de l'ordre à y aller étudier le droit canon.
L'enseignement de la médecine et celui de la grammaire ne font l'objet dans les textes que d'allusions qui ne font pas connaître son activité réelle. Quant à la théologie elle s'enseigne à l'intérieur des couvents de mendiants, principalement des Dominicains.
À la requête du conseil de la ville d'Avignon et de la communauté des docteurs et étudiants, transmise par Bertrand de Monteux, chevalier, et Bernard de Vallebone, docteur en décret, Charles II ordonne que les bacheliers et les docteurs ne se disputent pas la même salle de classe pour la lecture ordinaire ou cours dans les deux droits et que la ville, le corps des docteurs et étudiants et la cour comtale désignent trois experts pour fixer les prix de location des salles d'études, manifestement trop peu nombreuses. Il exempte de taxes toute personne se trouvant à Avignon pour les études. Il assure à tous sa protection et le libre passage dans ses comtés de Provence et de Forcalquier. Tous ses officiers doivent jurer de préserver ces privilèges.
Donnée deux mois avant la bulle de fondation de Boniface VIII, cette charte a fait l'objet à la fin du XIXe siècle de débats intenses. L'emploi du terme universitas (communauté, corps) a incité certains à y voir l'acte de création de l'université. Ne pouvant accepter l'antériorité d'une création comtale sur la bulle de Boniface VIII, d'autres ont élaboré une explication selon laquelle la charte serait de 1304 et non de 1303. Il semble en fait que la charte est correctement datée, mais qu'elle ne concerne que l'école de droit. Il faut noter cependant que le préambule des statuts de Galéot de la Rovere en 1503 évoque Charles II et Boniface VIII comme fondateurs de l'université et que, réclamant l'intervention de Louis XIV dans sa querelle avec l'université d'Aix, l'université d'Avignon ne mentionne plus que le comte de Provence !

Charte de Charles II, comte de Provence, roi de Jérusalem et de Sicile accordant des privilèges au studium d'Avignon.
Naples, 5 mai 1303.
Parchemin scellé d'un sceau de cire rouge sur lacs de soie rouge et jaune.
Dim. 0,32 x 0,465.
Éd. LAVAL (V.), Cartulaire de l'université d'Avignon, Avignon, 1884, p. 9-12.
Arch. comm. Avignon Pintat 5/145
Mise à jour : 13 mai 2008