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Bannières et Rubans. Travailler et s'organiser du Moyen Âge au XIXe siècle. Exposition du 27 juin 2005 au 31 décembre 2005.
En présentant l'organisation du monde du travail du Moyen Âge aux débuts de la révolution industrielle, l'objectif de cette exposition est de répondre à un quadruple questionnement :
Qui sont ces hommes, fondement du monde des métiers et des "arts" ?
Quels types de liens, de solidarité, de fraternité peuvent-ils tisser ?
Face au contrôle des pouvoirs, entre participation et liberté, comment se situent-ils ?
Pour s'affirmer, quelles voies peuvent-ils prendre : exhibition, clandestinité ou violence ?
La nécessité du regroupement est née du besoin vital de s'organiser dans un monde où les grandes peurs, guerres et maladies, fragilisent l'individu. Les réponses données sont les charités, les aumônes, les confréries de dévotion ou de métiers, les corporations, le compagnonnage qui naissent, se structurent, se transforment puis disparaissent suivant la lente évolution de la société. Terres pontificales jusqu'à l'ébranlement de la Révolution, l'État d'Avignon et le Comtat Venaissin, le pays d'Agricol Perdiguier est traversé par les mêmes questionnements que le royaume de France, même si les réponses ne sont pas formellement identiques. En suivant le vent de l'histoire qui agite les BANNIÈRES des confrères lors des processions et les RUBANS ornant le front ou le costume des compagnons, cette exposition veut nous faire parcourir le long chemin de l'organisation du travail à l'organisation des travailleurs.

Catalogue de l'exposition
"Bannières et Rubans. Confrères, maîtres, compagnons : travailler et s'organiser du Moyen Âge au XIXe siècle",
Avignon, 2005, 143 p. ill. 20 €
Sceau aux quatre consuls d'Avignon. 1192. En 1653, lors de la révolte des "pévoulins" (pouilleux) contre les "pessugaux" (pressureurs), les artisans réclament une quatrième main se référant à l'ancienne tradition des quatre consuls.
Testament de Bertrand de Saint-Laurent en faveur de l'aumône de l'épicerie d'Avignon. 25 juillet 1258. La corporation des épiciers (pébriers) d'Avignon est confortée par la création de l'aumône de la rue de l'épicerie et de la ferraterie (actuelle rue des marchands) qui organise une distribution annuelle de pain aux pauvres du quartier.
Atelier de cordonnier. Vie et martyre des saints Crépin et Crépinien. 1539. Pertuis, église Saint-Nicolas. Les cordonniers de Pertuis font représenter pour le retable de leur chapelle, l'activité de Crépin et Crépinien, martyrs du IIIe siècle, qui prêchaient l'Évangile et confectionnaient des chaussures ; les deux frères travaillent le cuir dans leur atelier, comme peuvent le faire côte à côte maître, apprenti ou compagnon, unis dans le même travail.
Ordonnance du vice-légat d'Avignon relative à l'accès à la maîtrise de l'art de la soie. 14 avril 1676. Le vice-légat publie un règlement précisant aux ouvriers travaillant dans l'art de la soie qu'ils ne pourront être reçus comme maîtres qu'une fois accompli leur apprentissage et à condition de payer une somme de 15 écus, 30 pour les étrangers. Les fils de maîtres et ceux qui épousent la fille ou la veuve d'un maître sont dispensés du paiement des droits.
Livre des actes de fondations, donations, achats en faveur de l'aumône de l'épicerie. 1678. Les confrères, épiciers et apothicaires, défendent leur métier et s'acquittent de la distribution des secours aux pauvres et aux filles à marier jusqu'en 1769, date où l'aumône est unie à l'Aumône générale, perdant sa référence au métier initial.
Jésus, Joseph et Marie, protecteurs de la confrérie de Saint Joseph des menuisiers de Malaucène. XVIIe siècle. Cette gravure de la Sainte Famille ouvre le registre de la confrérie des maîtres menuisiers, fustiers et gipiers de Malaucène, érigée en 1639. Devoirs religieux et assistance sont mentionnés dans les statuts, mais aussi l'obligation pour tous les maîtres, qui viendront tenir boutique et travailler, de payer une livre de cire.
Livre de réception des maîtres marchands veloutiers et ouvriers en draps d'or et d'argent d'Avignon. 1753-1785. L'obligation du chef-d'oeuvre se généralise à Avignon, comme dans les villes provençales dans la première moitié du XVIIe siècle, c'est-à-dire bien tardivement par rapport aux métiers parisiens. Le chef-d'oeuvre prend diverses formes : entre 1763 et 1785, les veloutiers ou ouvriers en draps réalisent le travail de cinq pans d'étoffe montés sur un métier, soit en "gros de Tours", soit en Florence, soit en étoffe d'Angleterre.
Livre des apprentis de l'Aumône générale d'Avignon. 1766-1781. Les enfants de l'Aumône accomplissent dès l'âge de treize ans l'apprentissage d'un métier auprès de maîtres de cette maison, ou en ville dans un atelier ; les filles sont placées auprès des taffetassiers, tandis que les garçons bénéficient d'un éventail plus large : cordonnier, taffetassier, relieur, imprimeur, boulanger...
"Rôle des compagnons passans tailleurs de pierres fait en l'année MDCCLXXIII". 1773. Les rôles ont une double fonction dans la société compagnonnique : ils portent les règles secrètes régissant la société et le surnom des compagnons qui émargent la liste lors de leur passage dans la ville du Devoir.
Rubans de soie des compagnons. XVIIIe et XIXe siècles. Le port des "couleurs" par les compagnons remonte au Moyen Âge et chaque métier et Devoir a les siens. Si les couleurs fleuries sont l'apanage des tailleurs de pierre, les rubans à l'effigie de Marie-Madeleine sont acquis lors du pèlerinage des dévoirants à la Sainte-Baume.
"Matrice du cachet des compagnons passans tailleurs de pierres d'Avignon". XIXe siècle. Reprenant le blason de la ville et celui des tailleurs de pierre, le cachet identifie le passage d'un compagnon dans la cayenne et authentifie lettre et convocation.
Bannière de Saint Éloi. "La Bandiero de Sant Aloï é la carreto ramado di Meinagié d'où Tor, Vau-cluse". XIXe siècle. Fac-similé de l'original. Arles, Museon Arlaten.
Maître Jacques. Gravure avec dédicace de Frédéric Mistral. XIXe siècle. Arles, Museon Arlaten. La tradition biblique du compagnonnage se réclame de trois fondateurs : le roi Salomon et les maîtres d'oeuvre de la construction du temple de Jérusalem, Jacques et Soubise. Après l'achèvement du Temple, une querelle éclate entre ces derniers et se termine par l'assassinat de Jacques ; la légende valide ainsi l'hostilité entre les différents Devoirs.
Rixe entre compagnons. XIXe siècle. Fac-similé du journal L'Illustration, journal universel, 29 novembre 1845. [Réed. J.M. Mathonière, Dieulefit, La Nef de Salomon, 1994]. Dans son "Livre du compagnonnage", Agricol Perdiguier se dresse contre ces violences où la canne du tour de France est utilisée comme une arme redoutable.
Mise à jour : 15 janvier 2009