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Actualité du 07/04/2016

Le document du mois

« Monument élevé des ruines de Bédouin le 15 floréal an III par ordre du représentant du peuple Jean de Bruy, sur la place où fut égorgée une partie des malheureux habitans de cette infortunée commune »

Après la Révolution, la toute jeune République française cherche à imposer le nouvel ordre en instaurant la Terreur. S’ensuit alors un cortège d’exactions, de jugements expéditifs et de condamnations à mort.

Pour l’arrachement d’un arbre de la Liberté en l’an II, la commune de Bedoin et ses habitants paieront le prix fort : 63 exécutions, le village incendié et la commune rayée de la carte.

Après la mort de Robespierre, la Révolution prend un nouveau tournant. La rupture est nette y compris dans le cadre de l’affaire de Bedoin.

Le 24 frimaire an III (14 décembre 1794), les habitants de Bedoin obtiennent un dédommagement de 300 000 livres (correspondant environ à 2 millions d’euros actuels). Mais au-delà de ce dédommagement, le nouveau pouvoir entend « consacrer par un acte imposant la résurrection de Bédouin (…) et à donner en même temps un grand exemple de la puissance et de la justice nationale en vengeant et en consolant les victimes du règne de la tyrannie » (Procès-verbal de de la réhabilitation de Bedoin, 17 floréal an III, Arch. dép. Vaucluse, 4L 73). Ainsi, il est décidé que la commune de Bedoin serait réinstallée le 15 floréal suivant, soit le jour anniversaire de l’arrachement de l’arbre de la liberté, et redevienne chef-lieu de canton.

Si l’on en croit le procès-verbal de réhabilitation, ce jour-là les habitants de Bedoin ainsi que des détachements des communes alentours venus célébrer la renaissance de la commune se donnent rendez-vous à Crillon. La procession qui mène jusqu’à Bedoin est « précédée et suivie de deux corps de musique, le pavillon tricolore flottant, en tête du cortège, comme un signe de ralliement (…). Le premier bataillon de la force armée a défilé ; (…) suivi et bordé d’un peuple innombrable livré aux plus douces émotions et faisant sans cesse retentir les airs de cris de vive la République ! Vive la Convention nationale ! (…) Mais quel contraste ! A peine arrive-t-on aux murs de Bédoin (…) tout ce peuple ivre de joie tombe subitement dans une sorte de stupeur (…) en traversant un monceau de cendres et de ruines. (…)

Cette cérémonie se termine avec l’inauguration par les représentants du peuple d’un monument pour se souvenir des malheureux égorgés de « cette infortunée commune ». Le délicat dessin à la gouache annexé à l’imposant registre des plaintes des habitants de Bedoin immortalise l’édifice toujours érigée aujourd’hui au cœur du village. Sur la colonne parée du drapeau tricolore est apposée une plaque de marbre noir portant cette inscription :

« Après un an de pleurs, sur ces débris affreux
La loi ramène la justice :
Consolez-vous, ô malhereux !
Puisque l’éclat du crime en prédit le suplice
. »

 

Monument commémoratif aux victimes de la Révolution sur l’actuelle place des écoles à Bedoin
Crédit photo :  © CRMH O. de Pierrefeu, 2008

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