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Actualité du 03/10/2018

Le document du mois

1853 : un inventeur avignonnais prénommé Agricol Esprit François Marie Martin imagine un procédé révolutionnaire pour fabriquer du vin, l’extractœnophile-Martin.

C’est ce que certifie cette brochure choisie comme document du mois, trouvée dans les dossiers communaux ouverts en préfecture de la série O.  Cette publicité a probablement été jointe au courrier que l’auteur adresse en 1856 au Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics afin d’appuyer sa demande d’autorisation de fabriquer et débiter un vin possédant toutes les qualités hygiéniques désirables. En effet, bien que détenteur du brevet d’invention depuis 1853 – qu’il souhaite par ailleurs utiliser à l’étranger -, M. Martin doit obtenir le droit de commercialiser sa formule.
La lecture de la réclame éclaire sur le procédé tout en vantant les bienfaits d’une telle invention.

Si les étapes traditionnelles de cueillette du raisin à maturité, d’égrappage et de foulage sont conservées, la méthode qui suit est inédite. Les rafles sont éliminées et le moult est tamisé afin de le débarrasser de la peau du raisin. Il est ensuite filtré dans une ou plusieurs bassines qui seront chauffées. Avant ébullition, à la vapeur pour éviter la carbonisation de l’extrait, la moitié des enveloppes de raisin pressées est jetée dans le moult. Après une heure de cuisson, le moult est à nouveau filtré à travers un tissu métallique. Le liquide est une fois de plus chauffé jusqu’à l’obtention  d’un sirop auquel la deuxième moitié des peaux de raisin est ajoutée, la coction est alors stoppée. Une fois refroidi, l’extrait de raisin est mis en fûts durant autant d’années que l’on voudra, sans en modifier les propriétés. Et pour obtenir du vin de ce breuvage, il suffit de jeter l’extrait de raisin dans une cuve où l’on met autant d’eau que l’évaporation de la première opération en a enlevé. Enfantin !

Certains pourraient toutefois s’interroger sur l’intérêt de mettre en place un processus de fabrication aussi complexe. Pour convaincre, le chimiste avignonnais avance pour cela plusieurs arguments. En suspendant la fermentation du moult de raisin sans en altérer la bonté, on fabrique du vin à partir de ce nectar en quelque lieu que ce soit, et à quelque époque de l’année que ce puisse être, […], que ce soit en Chine ou à Moscou […].

De plus, grâce à cette découverte, les monopoleurs en liquide ne pourront plus […] calomnier les vins du Midi. […] il a une limpidité et un bouquet qui le place incomparablement au-dessus de tous les vins faits avec des raisins semblables […].

Et le plus important de tout, les économies considérables engendrées ! En effet, les coûts de fabrication sont inférieurs à la méthode traditionnelle car le vin préparé par la concentration n’a besoin ni d’outillage, ni de transvasement, ni de colle, ni de tous ces soins journaliers […].En outre, en raison du volume moindre qu’occupe l’extrait de vin, les frais de transport sont réduits de moitié, […] la Sibérie pourra boire du meilleur vin à plus bas prix.

Le Ministère de l’Agriculture chargé de l’instruction de ce dossier, doit absolument vérifier les dires de l’inventeur. Il saisit le 22 janvier 1856 le préfet de Vaucluse afin d’être renseigné sur la valeur du liquide composé par le pétitionnaire […] et sur le degré de confiance que le Gouvernement pourrait attribuer à ce dernier. La préfecture recueille des informations sur M. Martin-Molière, pharmacien-chimiste demeurant 40 rue du Corps saint auprès du maire d’Avignon puis réclame l’avis du Conseil d’hygiène publique du département. L’inventeur s’impatiente, la décision se fait attendre mais il n’est pas au bout de ses peines. Le 14 mai 1857, le Conseil d’hygiène publique rend enfin son rapport à la suite de quoi le préfet sollicite le dépôt d’un échantillon-test de concentré de vin au Ministère de l’agriculture. Le 15 octobre 1857, le bureau Salubrité de la Direction du commerce intérieur du Ministère de l’agriculture fait connaître sa décision : M. Martin est autorisé à fabriquer sa boisson car elle ne contient aucune substance nuisible à la santé. En revanche, il lui est refusé de le désigner sous le nom de vin ; il devra vendre son produit sous la dénomination vin artificiel de moût concentré.

C’est dans les dossiers administratifs que se cachent les plus surprenantes découvertes à moins que ce ne soit "in vino veritas"…

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