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Mis à jour le 03/10/2017

Valorisé à l’occasion des commémorations, le journal qu’un instituteur de Sablet, Vincent Roux, a tenu durant la Première Guerre mondiale nous a donné envie de faire plus ample connaissance avec cette figure locale.

Rencontrer Vincent Roux suppose de chercher, dans les documents d’archives, les traces des différents moments de sa vie, de sa carrière qui ont pu être enregistrés par l’administration.

L’état civil est une première référence enrichie de la source du recensement militaire, du recensement de la population, du dossier de personnel de l’Éducation nationale, du fonds de l’école où il a exercé si celui-ci a été déposé, enfin du journal qu’il a rédigé compilant les faits locaux relatifs à la guerre. Des actes notariés, des délibérations, des photos peuvent également être des sources à exploiter dans certains cas comme celui qui nous intéresse ici. Des interviews de Sabletains réalisées récemment complètent cette liste et apportent des témoignages qui ne transparaissent pas dans les documents d’archives.

Biographie de Vincent Roux

De sa vie, l’état civil nous apprend qu’Auguste Vincent Roux naît à Valréas le 9 mai 1866 de parents cultivateurs.

Son feuillet matricule indique qu’à 20 ans, il est déjà instituteur. On y relève également qu'il est  « dispensé engagé décennal » puis définitivement dégagé de ses obligations militaires  « ayant rempli pendant dix ans les fonctions d’enseignement ».

Dans le recensement de la population de Sablet en 1891, Vincent Roux est mentionné en tant que chef de ménage, apparemment célibataire, instituteur âgé de 24 ans, demeurant Grand Rue. En 1896, il est recensé à la même adresse, célibataire toujours. Sa situation change par la suite comme le révèle le recensement de 1901 dans lequel apparaît son épouse, Émilie Curel, également institutrice. Ils demeurent quartier Les Granges. En 1911, Cheyrias Appolonie, désignée comme « belle-mère » rejoint le foyer. Le couple n'aura pas d'enfant.

Le dossier de carrière d'Émilie Curel dans le fonds de l'Inspection académique recèle quelques pièces dont un courrier datant du 4 novembre 1896 dans lequel les époux Roux font part de leur mariage à l'inspecteur d'académie :

Le saviez-vous ?

« Les mariages entre instituteurs sont recommandés par l’administration. Dès 1880, de nombreuses revues évoquent et vantent les mérites de ces mariages républicains » (Lucie Wierusszeski, mémoire de master 2,  Les institutrices au XIXe siècle : témoins et militantes)

La maison qu'occupent les époux Roux à Sablet se situe non loin du Casino, un café où des séances de cinéma, des représentations théâtrales étaient programmées, et des bals organisés. À sa retraite, Vincent s’y rend quotidiennement pour lire le journal et faire les mots croisés avec la fille du propriétaire Melle Favot.

Par la suite, lorsque sa santé ne lui permet plus de s’adonner à ce plaisir quotidien, il est admis à l’hospice, aujourd’hui maison de retraite du village, pour y couler des jours paisibles tout en participant à la vie du village.

Émilie, l'épouse

Émilie Curel naît à Méthamis le 22 janvier 1865 d'un père maître mineur et d'une mère sans profession.

Elle obtient le brevet élémentaire le 16 mars 1882 puis le certificat d’aptitude pédagogique pour dispenser l’enseignement. Avant sa nomination à Sablet en 1889, elle est adjointe à l’école maternelle de la rue Thiers à Avignon puis au Pontet et enfin à Villes-sur-Auzon. En 1893, la « mention honorable », récompense accordée par le ministre de l’Education chaque 14 juillet dans tous les départements, lui est décernée.

Le rapport d’inspection du 26 octobre 1901 précise qu’elle  « est une excellente institutrice, capable et très dévouée. Très estimée à Sablet de toute la population, tant à cause de ses mérites professionnels que pour sa modestie, son sérieux et son excellente tenue ». Son avancement de carrière s’est d’ailleurs très souvent fait au choix.

Durant les années de guerre, elle est directrice de l’école publique de filles de Sablet jusqu’en 1916, année de son départ à la retraite à l’âge de 51 ans pour raisons de santé. Elle décède le 9 juillet 1923 à l’âge de 58 ans.

Les dernières volontés de l'instituteur

Sans héritier, Vincent Roux rédige le 20 septembre 1955 un testament olographe déposé chez maître Rassat, notaire à Sablet, transcrit en totalité dans le registre des délibérations du conseil municipal du 7 novembre 1959 quelques temps après son décès survenu le 15 mai 1959, à l’hospice de Sablet. L'instituteur a 93 ans.

Ses dernières volontés désignent la commune de Sablet comme légataire universelle. Il lègue à « l’hospice la somme de cinq cent mille francs ainsi que tout ce qui se trouvera au moment de son décès dans la maison qu’il possède à Sablet ». Il désire également « que sa maison, propriété communale, soit utilisée et par priorité pour le logement des pensionnaires ou hospitalisés, d’une institutrice ou d’un instituteur public laïc (…)». Il souhaite que son tombeau soit entretenu par la commune « la commune et l’hospice devront faire respectivement et simultanément déposer le 9 juillet jour anniversaire du décès de mon épouse regrettée, le jour anniversaire de mon décès, pour la Toussaint une gerbe de fleurs sur la tombe Roux-Curel ». Le 14 juillet, jour de la fête votive, la commune fait distribuer à parts égales entre tous les hospitalisés, une somme de mille francs inscrite chaque année au budget communal sous la rubrique « legs Roux-Curel ».

Le 20 avril 1958, Vincent Roux avait déjà rédigé, de l’écriture tremblante du vieil homme qu’il est alors, un document dans lequel il fait don à Sablet d’un million de francs. Cette somme est affectée à l’aménagement du stade municipal et plus précisément à l’édification des tribunes, ce qu’entérine la délibération municipale du 29 mars 1958. L’inauguration du stade Roux-Curel a lieu le 15 février 1959, du vivant de Monsieur Roux. Jean Ripert, ancien conseiller municipal et membre des compagnons des Barrys, dans une interview rappelle l’institution qu’était le football pour le village et le titre de championne de Vaucluse que l’équipe sabletaine a décroché plusieurs fois.

En images

Une évocation de l'instituteur...

Les personnes interviewées dans la vidéo sont : Monsieur Raspail, président des Compagnons des Barrys ; Monsieur Ripert, adjoint au maire de l'ancienne municipalité et ancien président des Compagnons des Barrys et de la Journée du Livre de Sablet ; Madame Victor, membre des Compagnons des Barrys.

Durant la Grande Guerre

En novembre 1913, d’instituteur-adjoint, Vincent Roux devient instituteur conformément à l’arrêté du Préfet de Vaucluse.

Directeur lorsque que la guerre éclate, il respecte les instructions ministérielles en tenant un cahier journalier des faits relatifs à la guerre observés dans la commune de Sablet. Pratiquement au jour le jour, il décrit les répercussions du conflit sur ce petit coin du Vaucluse et sa population locale. Grâce à cette trace, il nous est donné de revivre le départ des hommes dès l’ordre de mobilisation générale puis des jeunes qui, au fil du temps, atteignent l’âge du recensement ; de découvrir la vie au front à travers les lettres envoyées par les soldats à leurs proches ; de s’étonner avec les villageois de voir débarquer des troupes s’adonnant à des manœuvres militaires ; de subir avec eux les restrictions alimentaires de produits de première nécessité, la hausse des prix, les difficultés de transport, etc.
On y apprend également comment les élèves sont impliqués dans l’effort de guerre : les horaires scolaires incluent des temps de travaux manuels pour que les filles tricotent des cache-nez aux soldats tandis que les garçons participent à des quêtes.

Il y est encore question de l’ouvroir de l’hospice de Sablet dont Madame Roux est trésorière et auquel elle participe très activement. L’ouvroir a pour finalité l’aide matérielle aux soldats du front grâce notamment à la confection de vêtements chauds ou la collecte de nourriture.

Les combats sont loin mais la guerre est tellement présente !

En savoir plus

Et pour le plaisir de tous les curieux, consulter le cahier de Vincent Roux dans le guide des sources vauclusiennes sur la Première Guerre mondiale

Bien longtemps après la guerre, en octobre 1948, Auguste Vincent Roux dépose le cahier aux archives départementales. Il a depuis été utilisé à plusieurs reprises :

  • Par Claude Mesliand pour la publication « Paysans du Vaucluse de 1860 à 1939 » aux presses universitaires de France.
  • Par les compagnons des Barrys qui l’ont publié sous la forme d’un cahier d’élève de cette époque.
  • Par les archives départementales qui en ont proposé une lecture en mars 2016 dans le cadre de leurs rencontres trimestrielles.