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Clin d'œil

Le 25e Festival ou "l’affaire des hippies d’Avignon"

Il y a 50 ans, Jean Vilar disparaissait et le Festival d’Avignon qui se tint cette année-là eut une saveur particulière, oscillant entre ferveur des aficionados et exaspération des Avignonnais.

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À la recherche d'un document clin d’œil en hommage à ce Festival 2021, aussi singulier que follement désiré, un dossier des renseignements généraux* portant le titre de Festival 1971 pique ma curiosité. Outre des rapports de surveillance suscités par la manifestation –mai 1968 n’est pas loin-, et l’afflux de festivaliers, il contient de nombreux articles de presse et des programmes.

Que propose le 25e Festival d’Avignon cette année-là ? Des pièces de théâtre d’auteurs réputés et des créations contemporaines assurément mais il fait aussi la part belle à la danse et à la musique en proposant de nombreux ballets, concerts et spectacles musicaux, l’essentiel des représentations se tenant dans des lieux emblématiques à forte valeur patrimoniale à Avignon et dans les communes environnantes.

Une belle programmation qui n'empêcha pourtant pas le Festival 71 d'être le théâtre de tensions. Non sur scène, en raison des choix artistiques que certains auraient pu juger contestables mais dans la rue, du fait de "l’inévitable venue de la faune hippie qui a déjà fait son apparition et qui cause déjà des problèmes de maintien de l’ordre." (rapport des RG du 10/07/1971).

Ce qui mit notamment le feu aux poudres, ce fut un article dans le Méridional du 20 juillet signé Marc Ciomei intitulé "Il faut crever l’abcès avignonnais". Sous la forme d’une enquête en 3 parties, l’article entend dénoncer le comportement d’une jeunesse post soixante-huitarde : "On n’y danse plus sur le Pont d’Avignon, on s’y drogue, on s’y pique, on s’y accouple aussi" ; il évoque "l’envahissement de la crasse" et le comportement de "pousse au vice" des hippies. Le journaliste relaie l’opinion d’avignonnais excédés et chauffés à blanc puis s’interroge sur l’inaction de la police.

Par-delà les cheveux longs et l'allure dépenaillée de ces drôles de festivaliers pourtant peu nombreux, il faut bien relever que certains n’adoptent pas des postures franchement pacifiques. De nombreux incidents les mettant en cause vont émailler ce mois de juillet : le 20, échauffourées rue Philonarde entre hippies et forces de l’ordre ; le 21, bagarre ; le 23, attaque d’un fourgon de police gardé par 2 agents, l’intérieur du véhicule est saccagé.

Chaque camp se mobilise. Un collectif de cheminots fustige les défenseurs de la cause hippie dans la presse. Des tracts du Comité de Défense de la République ou du mouvement Ordre Nouveau sont distribués : "Rejoignez O.N. dans son effort de nettoyage de la France". Aussitôt, la contre-propagande réagit et diffuse des tracts signés "La Chienlit de la place de l’Horloge".

Dans le camp adverse, le père Lendger, dans son homélie (Semaine de Provence du 25 juillet 1971) appelle à pacifier la situation et à ne pas persécuter la jeunesse. Le maire d’Avignon, Henri Duffaut, déplore "des articles [de journaux] inexacts discréditant la ville". Quant à la presse réputée à gauche, soit elle défend la jeunesse, à l’instar de La Marseillaise qui dénonce un article "de type fasciste" de la part du Méridional, soit elle temporise. Ainsi, le journaliste du Provençal Jean-Jacques Levrou écrit : "Le Festival d’Avignon, s’il pleure Jean Vilar, se porte bien sur la lancée que lui a donnée son créateur. Jamais autant d’entrées, jamais autant de recettes. Jamais autant de calme, d’assurance paisible".

Alors malgré les jauges réduites, souhaitons aussi le meilleur à ce 75e Festival d’Avignon.

 

 

Pour aller plus, le dossier pédagogique De la rue à la scène, de la scène à la rue. 1968 à Avignon

 

* Communicabilité du dossier : 50 ans.