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Clin d'œil

Une cavalcade de charité à Avignon

En cette veille de fête du travail, retour sur un épisode douloureux pour les ouvriers du textile survenu au XIXe siècle.

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Dans le fonds de la préfecture de Vaucluse, un petit dossier porte le titre suivant "Cavalcade de charité, Mairie d’Avignon". Le 11 mars 1863, Paul Pamard, maire d’Avignon adresse en effet un courrier au préfet de Vaucluse assorti d’un arrêté. Il souhaite obtenir l’autorisation d’organiser une manifestation festive le dimanche 15 mars 1863. L’affiche monochrome annonçant l’événement insiste avec une emphase typographique sur le mot "CAVALCADE" en lettres massives dites égyptiennes. Imprimé en plus petits caractères, on peut lire l'objet du défilé : il est avant tout solidaire puisqu’il se tient au profit des ouvriers du textile au chômage. S'ensuivent les cinq articles de l'arrêté municipal, incluant notamment le détail du parcours des chars et des cavaliers dans les rues d'Avignon. Mais qu’est-ce qui en 1863 provoqua une crise économique chez cette catégorie de travailleurs ?

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, toute l’Europe s’approvisionne en coton américain. En France, le port du Havre reçoit la matière première via les ports britanniques. Le produit brut est ensuite acheminé sur le territoire et transformé dans les manufactures françaises. Mais le 12 avril 1861 la guerre de sécession éclate. Le conflit sur le sol américain entre les États du Nord-Est en voie d'industrialisation, protectionnistes et abolitionnistes et les États du Sud, esclavagistes et libre-échangistes provoque un effondrement des exportations de coton. Une pénurie qui aura toutefois quelques effets bénéfiques puisqu'elle profitera momentanément à d’autres pays producteurs. En Algérie, alors colonie française, on promeut la culture du coton. Ailleurs, c’est le coton indien qui profite d’une relance, tandis qu’en Égypte, la production s’intensifie et le commerce se met en place. Ces alternatives ne suffisent cependant pas à enrayer les conséquences économiques désastreuses sur la main-d’œuvre française : le volume reste insuffisant pour couvrir les besoins. La mise à l’arrêt de l’industrie cotonnière entraîne la fermeture d’un grand nombre de filatures et provoque parmi la population ouvrière ce que l’on a appelé "la famine du coton".

Face à cette crise de grande ampleur, la générosité des Français est sollicitée. Des souscriptions publiques, comme celle d’Avignon qui aura récolté 5434 Frs, sont organisées sur le territoire national pour récolter des fonds destinés aux travailleurs, à une époque où la protection sociale est inexistante. Un épisode qui illustre aussi les bégaiements de l’histoire : difficile de ne pas rapprocher cette pénurie de matière première provoquée par un conflit avec notre actualité.